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Herbert Stock — cofondateur

Réconcilier l’humain à l’humain

On ne devient pas un homme de terrain par hasard. On le devient parce qu’un jour, très tôt, on comprend que la vie ne distribue pas les cartes de la même manière à tout le monde… et qu’on n’a pas le droit de détourner les yeux.

Je m’appelle Herbert Stock. Je suis né à Lausanne, le jour de la Chandeleur. Ma mère est bernoise. Mon père vient du Tyrol autrichien. J’ai grandi entre les langues et les cultures — l’allemand, le suisse allemand et le français — avec cette sensation, tenace, de devoir souvent “me débrouiller” seul.

Enfant unique, j’ai longtemps résumé mon enfance avec une phrase qui fait sourire et qui, en même temps, dit beaucoup : « Mon frère, c’était mon vélo. »

Et c’est là que quelque chose s’est formé en moi : cette capacité à avancer même quand le décor ne donne pas toutes les chances. Pas dans la plainte. Dans le mouvement.

Ma mère : l’école du courage

J’ai grandi avec l’exemple immense de ma mère. De 1980 à 2006, elle a porté à bout de bras son petit bar-café, L’Olympia, à la rue du Maupas, à Lausanne. Service dès 5h30 jusqu’à 18h, du lundi au samedi — sans compter les heures, sans compter la fatigue.

C’était ça, les petits commerçants : on ne regarde pas le confort, on regarde le comptoir, le regard du client, l’accueil… et ce sentiment d’appartenir au quartier. Et déjà là, je voyais une autre réalité : pendant que les gens se battent pour faire tourner une petite affaire, les règles changent. Les lois, les exigences, les taxes. Souvent, personne ne demande si le petit commerçant a les moyens, le temps, ou simplement l’air. Parce que quand on est “petit”, on n’a qu’une option : s’adapter, encaisser, continuer.

Cette injustice silencieuse m’est restée. Elle a nourri en moi une loyauté instinctive pour celles et ceux qui tiennent la route sans faire de bruit.

Mon père : la route, l’exil, et la survie

Il y a aussi l’histoire de mon père, que j’ai comprise plus tard, comme certaines vérités de famille qui ne se livrent qu’avec le temps. Il a quitté le Tyrol autrichien à 16 ans, avec un certificat de pâtissier–confiseur–chocolatier obtenu dans un endroit presque irréel : Rattenberg, le plus petit village d’Autriche. Oui, oui.

Il est parti pour deux raisons. La première est simple, presque économique : à cette époque, l’Autriche n’avait pas encore l’élan qu’on lui connaît aujourd’hui. La seconde est plus sombre, plus intime : il n’a jamais accepté la mort de son propre père, survenue dix jours après la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Et puis il y a ce récit, raconté bien plus tard par l’un de mes derniers oncles vivants. Un après-midi, les sirènes anti-aériennes hurlent. Ma grand-mère, avec ses quatre enfants — trois garçons et une fille — se précipite vers un bunker. Mais l’un des petits crie, encore, encore, pour téter, au point qu’elle n’a plus le temps. Alors elle prend une décision de mère : elle se réfugie sous un pont, avec ses quatre enfants, au lieu du bunker à un kilomètre.

Le bunker sera détruit par les bombes. Eux survivront.

Et le jour où j’ai entendu cette histoire, j’ai eu comme un choc silencieux : si l’enfant n’avait pas hurlé… si ma grand-mère avait atteint le bunker… je ne serais pas là pour écrire ces lignes. Ce genre de vérité change la manière de regarder la vie, d’un coup. Sans passer par un problème médical. On comprend que tout tient parfois à un fil — et que ce fil, parfois, porte un prénom.

Et puis, il y a la suite de sa vie ici. Mon père a travaillé plus de trente ans comme chef pâtissier au Château d’Ouchy. Il a façonné des pièces montées et des créations pour de grandes tables, des réceptions, et aussi pour des noms connus — Delamuraz, Sauber, et d’autres célébrités de passage. Il avait cette fierté discrète des artisans : celle qui ne fait pas de bruit, mais qui laisse derrière elle des traces, des parfums, des souvenirs.

Un jour, un nouveau chef est arrivé. Il préférait “les siens”. Et mon père a reçu son congé. Il n’avait jamais rien demandé à la Suisse. Et par honte, il a même refusé le chômage — comme si un droit était une faveur. Il a fallu deux ans de ma détermination pour le convaincre que ce n’était pas de la charité : c’était un filet normal, un droit gagné par le travail.

Puis, en 1997, il a racheté le tea-room La Créoline, aux Bossons à Lausanne. Là, il a remis les mains dans sa matière : ses petits gâteaux, ses confiseries, son savoir-faire… jusqu’en 2013.

Début décembre 2013, il ne se sentait pas très bien. Mais cette génération-là ne se plaignait jamais. Il est rentré au CHUV, et c’était déjà trop tard.

Le jour que je n’oublierai jamais, c’est un vendredi 13 décembre 2013. Deux semaines avant, il était encore derrière son comptoir.

J’ai repris la suite. Et, en hommage, j’ai rebaptisé le tea-room : il est devenu le restaurant Le Tirol — avec un i, comme en allemand. Et il est toujours en activité aujourd’hui, comme un fil tendu entre ses mains et les miennes.

L’internat : le moment où tout bascule

L’école n’a pas été une évidence, ni une route linéaire — et cela s’est joué dans un cadre particulier : une école privée en internat, dans les hauts de Lausanne.

Mes parents se sont saignés pour cette année en internat. C’était pour mon bien : pour que je puisse apprendre aussi en dehors des heures de travail de ma maman, et de mon papa qui ne rentrait souvent pas avant 23h. Ils ont serré les dents, mis de l’argent qu’ils n’avaient pas, avec cette idée simple : me donner une chance.

Les bases, je ne les “manquais” pas par manque d’envie. Elles se sont mises à manquer après, parce que ce qui s’est passé a cassé quelque chose : la concentration, la confiance, le sentiment de sécurité. Et surtout, l’esprit n’est pas libre quand, très jeune, on porte un poids qui ne devrait jamais appartenir à un enfant.

Je n’avais jamais vraiment raconté le pourquoi. Longtemps, j’ai gardé ça en moi par honte — cette honte injuste qui colle à la peau alors qu’elle ne devrait jamais être du côté de l’enfant.

Un après-midi de mercredi, à l’internat, j’observe un ouvrier qui répare une salle de bain. Comme tous les gamins, je suis curieux. Il me prend “sous son aile”, m’explique, me montre. Je prends confiance.

Puis il me propose un tour en camionnette. Dans l’insouciance enfantine, je fais confiance : je l’ai vu travailler dans l’école, et, pour l’enfant que j’étais, cela suffisait à faire tomber la méfiance.

On roule. Un chemin dans la forêt. Un arrêt, en plein milieu. Et là, l’indicible : des attouchements. Une frontière qui explose. Une trahison. Il a tout cassé.

Et même si, avec le regard d’aujourd’hui, on pourrait dire : « j’aurais pu dire non »… un enfant fait confiance à l’adulte. Un enfant croit. Il obéit. Il se tait.

Après ça, l’école devient un endroit où l’on est présent physiquement, mais ailleurs à l’intérieur. Et il reste, longtemps, ces images qui reviennent — parfois sans prévenir — comme des éclats de mémoire.

J’aurais aimé étudier, faire du droit — mais la vie ne m’a pas offert le confort de la facilité.

Les livres : la reconstruction

Alors j’ai fait ce que font les bâtisseurs : j’ai appris autrement. Je me suis plongé dans les livres, longtemps, profondément — comme on s’accroche à une rambarde quand ça tangue. Je suis devenu plus autodidacte, parce que la connaissance, elle, ne trahit pas : elle répond, elle éclaire, elle rend de la force.

J’ai appris en observant, en testant, en tombant, en recommençant. Et un jour, j’ai gagné une victoire intime qui m’a marqué : mon permis de conduire, réussi sans faute à l’examen théorique. Une preuve simple, mais puissante, que je pouvais réussir quand je m’accrochais vraiment.

1986 : deux dates au fer rouge

Dans mon adolescence, il y a eu deux dates — la même année — qui m’ont marqué au fer rouge : le 14 janvier et le 19 juin 1986.

L’année suivante, à 16 ans, au lieu de rester dans l’admiration ou dans la colère, j’ai commencé à transformer ça en action. Deux chocs. Deux silences. Deux absences qui ont fait du bruit.

Ces jours-là, j’ai perdu deux repères : Daniel Balavoine et Coluche. Pas “des vedettes” — des hommes avec une parole qui cogne juste, et un geste derrière la parole.

Balavoine, c’était l’insolence utile : l’urgence, la dignité, la révolte quand elle sert à relever. L’Aziza n’était pas seulement une chanson : c’était un refus du mépris, une ode à la mixité et au respect. Ce qui me touchait, et dans quoi je me reconnaissais, c’était cette impossibilité de rester spectateur.

Coluche, c’était l’humour qui relève les gens. Derrière la provocation, il y avait une vérité : le peuple ne se sentait plus respecté. Il parlait comme les gens, pour les gens. Et il y a eu cette idée devenue réalité : les Restos du Cœur, pour que celles et ceux qui n’ont plus rien puissent tenir.

Et je n’oublie pas le contexte : nous sommes en Suisse, à Lausanne, mais dans les années 80, ma génération avait souvent le cœur et les oreilles tournés vers la France. Sur l’Arc lémanique, les ondes traversaient les frontières comme si elles n’existaient pas : Radio Thollon et ses émissions qui nous arrivaient plein cadre, NRJ Paris qui débarquait et chamboulait tout.

Je revois aussi les escapades au Macumba à Saint-Julien, et ces réveillons organisés par Radio Thollon au Palais de Beaulieu, à Lausanne — des événements à une échelle qu’on n’a, franchement, plus jamais revue. Tout ça explique pourquoi, ici, on vibrait tellement avec les artistes et les causes en France : leurs voix arrivaient jusqu’à nous, directement, et elles parlaient du citoyen lambda avec une vérité qui dépassait les frontières.

À 16 ans : «Je voulais secourir les gens»

À 16 ans, je n’avais pas seulement des idées : j’avais une urgence intérieure. Je voulais secourir les gens. Mais à l’époque, il n’existait pratiquement aucune structure pour les moins de 18 ans. Alors, avec une demi-douzaine de copains, j’ai créé une association : les Jeunes Secouristes Lausannois.

On a eu la chance de trouver un moniteur samaritain qui nous a pris sous son aile et nous a formés. Très vite, on s’est retrouvés sur le terrain : au Carnaval de Lausanne, aux Fêtes de Lausanne, à Ouchy… parfois pour des blessures bénignes, parfois pour des situations plus graves. Un soir, on a même aidé un jeune qui avait fait un coma éthylique.

À 16 ans aussi : le Groupe Contact Jeunesse, des idées qui deviennent une ville

La même année, j’ai rejoint le Groupe Contact Jeunesse de Lausanne. À l’époque, c’était un vrai laboratoire citoyen : un “parlement des jeunes”, où l’on apprenait à débattre, proposer, convaincre — et surtout à transformer des idées en projets concrets.

Dans ce groupe, il y avait des jeunes qui deviendraient connus ensuite — Jean-Marc Richard, Pierre-Yves Maillard, et bien d’autres. Mais au-delà des noms, ce qui comptait, c’était l’esprit : on nous prenait parfois pour des rêveurs… et, pourtant, plusieurs idées ont germé et ont fini par s’ancrer dans la réalité lausannoise.

C’est dans ce contexte qu’ont émergé des projets marquants : la bande dessinée “Jo” de Derib, utilisée pour parler du sida aux jeunes, les Bus Pyjama, pensés pour que les fêtards puissent rentrer chez eux en sécurité quand la nuit tombe. À l’époque, on avait l’impression de prêcher dans le désert. Presque quarante ans plus tard, même les trains de nuit existent pour la même raison : permettre aux gens de rentrer en sécurité. Et ça, ça dit quelque chose.

1989 : ne pas laisser les gens seuls à Noël

Moi, ça m’a marqué au point que je n’ai pas pu rester au niveau de l’admiration. En 1989, à Lausanne, j’ai lancé une initiative inspirée de cet esprit : l’idée n’était pas seulement de nourrir, mais surtout que personne ne reste seul à Noël. Un repas, des animations, un sapin, un moment de chaleur — une parenthèse humaine quand l’hiver rend tout plus dur.

Après deux saisons, pour des raisons privées, j’ai passé la main. Et ce qui me touche encore aujourd’hui, c’est que la cause, elle, a continué pendant des décennies sous un autre nom : les Repas de Cœur.

Travail : construire, étape par étape

Ma trajectoire professionnelle, je l’ai construite pas à pas. Livreur. Installateur de PC. Agent de sécurité. J’ai étudié le code pénal suisse avec une discipline de moine, je me suis formé, je l’ai progressé — jusqu’à créer et diriger ma propre structure dans la sécurité, pendant quinze ans, avec une obsession : être efficace, courtois, rapide, humain.

Même dans un domaine où l’on attend souvent des postures dures, j’ai voulu garder une lecture fine des tensions. J’ai engagé des femmes sur le terrain, convaincu qu’elles apportaient une autre manière de désamorcer, plus psychologique, plus précise.

Puis il y a eu un virage. Un de ces virages où la vie te demande : “Tu continues pareil… ou tu deviens pleinement toi ?”

J’ai bifurqué vers la restauration, j’ai obtenu mon certificat vaudois de capacité, je me suis relevé encore — malgré les passages plus difficiles, y compris sur le plan de la santé.

Et là, je sais que tout est cohérent : je ne cherche pas seulement à “travailler”. Je cherche à servir. À créer de la chaleur. À rendre les choses plus vivables autour de moi.

Le défibrillateur communautaire : sauver des vies, pour de vrai

Il y a un moment qui résume bien ma manière de fonctionner : quand quelque chose me choque, je ne sais pas rester immobile.

En 2009, je vois un défibrillateur installé par les CFF dans la gare de Berne : un boîtier presque caché, comme si on espérait qu’il ne serve jamais. Je me dis : comment les gens vont-ils l’utiliser à temps ? Ça me met la puce à l’oreille. Alors je cherche, j’apprends, je compare, et je passe des nuits blanches.

De là naît une idée simple, mais vitale : un défibrillateur communautaire, accessible et clairement identifié, pensé pour que les premières minutes — celles qui décident souvent entre la vie et la mort — ne soient pas perdues.

Cette aventure deviendra un projet concret : des premières installations, des soutiens, puis la création d’une structure dédiée. Et si un jour on a écrit de moi que j’étais « un homme au grand cœur », je crois que ça vient surtout de là : de cette obsession de rendre l’aide possible, immédiate, et à portée de main.

Aider les vulnérables : mon fil rouge

À un moment, je crois qu’on peut le dire simplement : j’ai toujours préféré tendre la main aux autres — surtout aux plus vulnérables, aux personnes fatiguées, fragiles, cabossées par la vie. Pas par héroïsme. Par instinct. Parce que je sais, au fond, ce que ça coûte quand personne ne te voit.

Et dans ce fil rouge, il y a Nicola Di Giulio.

Je me souviens encore du premier appel. Un appel comme on en reçoit peu :

« Bonjour, c’est Nicola Di Giulio, conseiller communal. J’aimerais poser un postulat pour la sécurisation des ponts à Lausanne. »

Je vais être honnête : j’étais plus que sceptique. Un conseiller communal sur le pont ? Aller… on verra. Et pourtant, Nicola a été le premier conseiller communal a venir sur le pont Bessières. Pas avec une posture. Pas pour cocher une case. Comme un humain qui veut comprendre.

Ce soir-là, ce qui devait durer trente minutes s’est étiré sur des heures. Une nuit de discussions, de questions, de réalité. Et au milieu de tout ça, comme si c’était la chose la plus normale du monde, on a fini par griller un cervelas ensemble — là, au milieu du pont — dans une ambiance à la fois absurde et fraternelle, comme seules les nuits “vraies” savent en produire.

Après ça, on ne s’est plus vraiment quittés. Il m’a présenté sa famille. On s’est vus autour de repas, avec Niba, avec ma compagne Aline. On a parlé de tout : du terrain, des gens, de la politique, de la vie.

Nicola croyait profondément au contact direct avec les citoyens. Ceux qui l’ont côtoyé ont parlé de son énergie de terrain, de sa manière d’aller au-devant des habitants avec son fameux « kawa du président » — une façon simple d’écouter, sans filtre. Il parlait à tout le monde. Sans œillères partisanes.

Et Nicola avait cette rareté : en toutes ces années, je ne l’ai jamais entendu salir quelqu’un gratuitement. Il posait des questions au lieu d’écraser. Beaucoup portent leur ego comme un costume. Lui, c’était son cœur qui débordait de sa chemise.

Et puis il y a eu ce vendredi soir. On s’est appelé et on a parlé qu’il se retrouvait plus dans son parti politiques et des chef qui eux on le bombage qui sorte de la chemise ou par egaux en comparaison de nicola ou lui c’etais le coeur qui déapssais sa chemise. Et lors de cette conversation commetourjour je lui est dis au tac o tac ben creons un parti politique les deux pour commencé il m avais di ben faut ce dépecher 2026 etais proche on c est dit on en discute lundi j ai dis ok lui qui m avais proposé depuis un certain temps de rentré dans un partie politiquec etais la bonen occasion surtout que je ne me vo<ais pas dans un ou l autre de l eechiquier mais comme deja dis plus citoyen... on aura jamais peu avoir cette discution lundi. samedi matin ma compagne me reveil pour m informé que la radiofait des flash pour dire que nicol est decedé ce samedi matin...

C’est dans cette urgence du réel — quelques heures avant ce deuil — qu’une idée a été formulée. Ensuite, il a fallu du temps : plus d’un an pour transformer une intention en structure, en plateforme, en démarche durable. Parce qu’une alliance citoyenne ne se construit pas sur une émotion : elle se construit sur une méthode, une charte, et une capacité d’action.

Aujourd’hui, il y a aussi ce téléphone. Un objet banal pour le monde, mais pour moi une preuve que la force est là. Parfois, il suffit d’une voix, d’un message, d’un souvenir qui revient au bon moment pour te rappeler que tu dois continuer — et que tu n’es pas seul à porter ce que tu portes.

Alors je le dis ici, comme je l’aurais dit en face : merci, mon pote. Je veillerai à ce que ce que tu as entrepris ne se perde pas dans les couloirs. Et si quelque part tu peux encore nous entendre : réserve-nous une place près de toi, pour le jour où l’on se retrouvera.

Comme on se disait toujours : « Gros bec, mon pote. »

Bessières : être là, simplement

Et c’est probablement là que mon histoire vibre le plus fort : mon engagement à Lausanne, sur le pont Bessières.

Quand d’autres fêtent, consomment, oublient — moi, je choisis l’endroit où l’on ne peut pas tricher avec la réalité. Le froid. Les silences. Les regards qui disent “je ne vais pas bien”. La présence qui peut faire basculer une nuit.

Ce feu-là n’est pas une idée sortie d’un bureau. Il a une histoire. Il vient de loin. Et, à un moment, il m’a été transmis.

Il y a eu Ester — celle qui a tenu, qui a veillé, qui a porté cette présence pendant des décennies, avec cette phrase simple qui dit tout : « Les bonnes choses doivent perdurer. » Et puis, sachant qu’elle était condamnée par le crabe, elle a voulu que je reprenne le flambeau.

Moi qui allais déjà sur ce pont depuis l’âge de 14 ans, en boguet — comme un gosse du quartier — je me suis retrouvé, un jour, à tenir quelque chose de beaucoup plus grand que moi. Pas une “fonction”. Une présence.

Et ça, je ne le fais pas seul. Il va de soi que ce feu n’existe que grâce à mes amis bénévoles, celles et ceux qui font des permanences avec le cœur. Sans eux, il n’y aurait plus de feu allumé à cette période des fêtes. Ce sont leurs heures, leurs mains, leurs regards, leur humanité, qui maintiennent la chaleur quand la ville est froide.

Je ne me donne pas un rôle. Je me rends disponible. Je tiens ce feu, cette veille, cette humanité debout. Parce que parfois, il ne faut pas de grands discours : il faut un thé chaud, une voix calme, un « tu n’es pas seul ».

Et cette constance, année après année, raconte une vérité simple : je n’ai jamais oublié ce que ça fait de se sentir seul — alors je refuse que d’autres le soient.

Je peux me permettre une vérité, ici, parce qu’elle explique aussi mon écoute. À 27 ans, j’ai fait une tentative de suicide. Et à une heure près, j’étais de l’autre côté. Je n’en parle pas pour dramatiser. J’en parle parce que, depuis ce jour, je comprends plus facilement la détresse d’une personne sans la juger. Je ne suis pas médecin. Je ne suis pas thérapeute. Je suis un humain, simplement — un humain qui sait que la honte, la solitude et le vertige peuvent avaler quelqu’un.

Et c’est pour ça que ma devise tient en une phrase : réconcilier l’humain à l’humain.

Entre mes projets entrepreneuriaux et mes engagements, il y a un fil rouge : mettre de l’ordre dans le chaos, et remettre l’humain au centre. Je construis des marques, des structures, des idées, des organisations. Je pense “terrain” autant que “vision”. Je sais parler aux gens. Je sais aussi construire des systèmes, des méthodes, des process.

Je ne suis pas un rêveur qui flotte : je suis un rêveur qui agit.

Et si je devais me résumer en une image : je suis un homme qui avance, parfois cabossé, mais jamais cynique. Un homme qui transforme les épreuves en énergie. Qui prend la complexité du réel… et qui en fait quelque chose d’utile.

Je ne cherche pas à paraître bon : je cherche à être présent. Et ça, ça ne s’invente pas.

Et toi, Nicola… garde un œil là-haut.

Pas sur un lieu. Sur nous. Sur ce qu’on a partagé.

Quand je sens que je doute, viens me rappeler ce que ton amitié m’a toujours appris : que la loyauté vaut plus que les postures, que le vrai se reconnaît à la simplicité, et qu’on avance mieux quand on sait qu’on n’avance pas seul.

Et si tu me vois flancher, gêne-toi pas de me souffler, comme entre potes — doux et ferme à la fois : « Hé… je suis là. Respire. Continue. »

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